Editorial

A travers mes chroniques acerbes, vous découvrirez la vie quasi-romanesque d'un lycéen ainsi que sa perception de l'Education nationale, de ses professeurs mais aussi de ses  « collègues ». Ce lycéen, un brin blasé et sarcastique, vous fera peut-être, avec humour, avoir une autre vision de la réalité scolaire…

 

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Les profs et l'encadrement

Mardi 1 août 2006

Villa, André de son prénom, fut mon professeur de français pendant mon année de première. Comment le décrire en quelques mots ? Mi-professeur, mi-moralisateur, il aimait beaucoup s'évader de son cours pour nous narrer quelques une de ses mésaventures de quartier, parler de ses enfants ou de ses opinions sur la religion, l'éducation, etc. Il faut bien le dire aussi, c'était un prof sadique, jamais satisfait par les performances de ses élèves, surtout à l'oral. Comme il le dit lui-même, il est capable d'"éteindre une classe en quatre jours".  

 

Chaque semaine, nous avions le droit à un cours dédié à l'oral. Quand je dis "cours", je devrais dire "séance de torture psychologique". La tension montait lorsque venait le moment, honni entre tous, où ce cher prof désignait la victime d'un jour. Tout le monde tremblait, suait, se rongeait les ongles, etc. Une élève a même pleuré. Le principe de l'oral était simple : deux, trois élèves interrogés sur une ébauche de commentaire préparé en trente minutes (trente minutes qui se réduisaient souvent à dix minutes, mais ce devait être les élèves qui avaient de mauvaises montres, comme toujours !). L'élève en question passait, la peur au ventre. Puis, pendant le temps qui restait, André nous faisait part de ses remarques. En clair, il déversait son venin acerbe sur un élève terrifié. Le plus amusant, si on peut dire, c'était que les corrections de notre prof n'étaient guère brillantes, mais plutôt médiocres, oscillant entre bafouillages et défauts de syntaxe. L'oral étant fait, passons à l'écrit.   

 

Le cours était un perpétuel monologue pendant lequel notre enseignant préféré commentait différents textes, passant de l'humanisme aux Lumières. Le programme, en clair. Toutefois, les moments d'égarement de Stephen étaient un vrai délice. Avec sérieux, il exposait ses opinions sectaires et d'un autre temps. Parfois, l'humour corrosif était de mise, je vous laisse apprécier : "Dans cet extrait, la fiancée de Candide est violée, tuée, etc. Mais ne vous inquiétez pas, elle s'en remet.", ou encore, s'adressant à un élève : "Je ne peux que constater votre médiocrité". Au cours de cette merveilleuse année scolaire, nous avons, tour à tour, eu droit à un réquisitoire sur l'éducation, une diatribe sur Noël et l'univers fantastique, etc. Moi, dans ce marasme, j'appréciais fortement les critiques qui touchaient sa famille : "La soeur de ma femme devrait être internée" ou "Mes voisins, notamment leur fille, sont des fous furieux".  

 

Les notes, forcément subjectives en français, étaient carrément arbitraires : selon l'élève, l'humeur, etc. Le prof pratiquait beaucoup la "notation directe", c'est-à-dire que lorsqu'il voyait qu'une copie n'était pas notée, il lisait deux lignes et en concluait que c'était nul, résultat... 07/20. Vous l'aurez compris, la moyenne de la classe était inférieure à 10 (par ego personnel, je précise avoir eu 11.5 au dernier trimestre). Les autres professeurs ne l'appréciaient guère, le qualifiant d'"original", de "spécial", de "différent" (il se parlait à lui-même en salle des profs). Par parenthèse, je n'ai jamais compris comment il faisait pour être en retard en cours alors qu'il arrivait trente minutes avant, chevauchant son magnifique vélo gris métallisé. Cependant,  les autres professeurs, pour d'obscures raisons de solidarité professionnelle, disaient que ce prof, apparemment brillant, nous permettrait d'obtenir des résultats exceptionnels à l'examen final. Malheureusement, il n'en a pas été ainsi pour la plupart des élèves de la classe.   

 

Ai-je précisé que cet individu était notre prof principal, censé nous conseiller sur notre orientation ? Après réflexion, je me demande si lui-même le savait. Entre non distribution de papiers importants et réunions pédagogiques loupées, il se permettait de conseiller une classe préparatoire à une élève médiocre. Une des rares choses que l'on ne peut pas lui reprocher, c'est son assiduité : toujours là et ce, au grand désespoir de ses élèves. A moitié mort, il venait. D'ailleurs, ses toux et autres bruits sordides étaient assez insupportables. 

Par Anaxagore
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Mardi 1 août 2006

 Cet effrayant professeur, qui pensait pouvoir appliquer les méthodes d’enseignement des années 50 aux élèves du 21ième siècle, nous exposait toute sa misanthropie. Outre son mépris des élèves, il nous narrait, parfois avec drôlerie, ses opinions sur l’Education nationale.  Cette anarchiste ne mâchait pas ses mots lorsqu’il parlait de l’incompétence des élites. Pour lui, les programmes étaient nuls, les méthodes d’enseignement également et il ne supportait pas de ne pas disposer du matériel adéquat. Ce qui est étonnant, c’est que notre lycée est plutôt très bien équipé. Enfin, critiquer lui passait le temps…  

 

J’adorais quand il nous sortait (en parlant d’un collègue) : « les élèves ne sont pas les seuls à mériter des coups de pieds au cul » ou « si ce crétin de prof m’a encore pris ma salle, je me casse ». Pour insister sur les lacunes des élèves français, Roger avait recours à des comparaisons avec les lycéens étrangers de passage dont la maîtrise de la langue shakespearienne était irréprochable.  

 

J’ouvre une parenthèse pour vous narrer une anecdote. Lors d’un conseil de classe, Roger n’arrêtait pas de se plaindre, imputant la nullité des élèves au manque d’efforts de ses collègues du collège. Le Proviseur, à bout, rappela à l’ensemble des professeurs présents que ce cher Roger avait été durant dix ans enseignant en collège. Un long silence s’en suivit.  

 

En tout cas, à cause de lui, même moi, cinéphile, ai failli être dégoûté de Hitchcock, le maître du suspense. Il faut dire que l’on a eu droit aux films Les oiseaux durant toute l’année, à raison d’une séance par semaine pendant laquelle commentaires oraux, textes à trous et autres exercices d’une trivialité extrême se succédaient. Peut-être aimait-t-il le cinéma mais niveau technologie, il n’était pas au point. La preuve, il lui fallut trente minutes pour comprendre qu’un magnétoscope qui ne fonctionne pas est bien souvent un magnétoscope débranché…  

 

Aussi, il faut bien le dire, ce prof était tout de même un peu obsédé. Peut-être se prenait-il pour un Phoebus ou espérait-il jouir de la présence d’une nympho dans sa classe, voire d’une gérontophile. Mais cet individu à la libido exacerbée donnait des rencards aux pimpantes jeunes filles de notre classe. 

 

Ses yeux faisaient peur, son être tout entier était effrayant. Tantôt apathique tel un pantin désarticulé, tantôt « plus énergique qu’un chiwawa cocaïnoman », comme le disait l’excellent Pierre Desproges. Enfin, à l’instar des ignorants, il adorait exposer sa pseudo culture de bas étage : phrases délirantes et citations approximatives d’Einstein (le seul scientifique dont le nom lui disait quelque chose). 

Par Anaxagore
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Mercredi 2 août 2006

Mme Heather James était une de ces profs en parfaite harmonie avec ses élèves. Je veux dire par là que, d’habitude en cours, seuls les élèves s’emmerdent. Cette femme à l’apathie communicative était très divertissante, du moins après cours.  

 

Contrairement à beaucoup d’enseignants, l’intelligence ne lui faisait pas défaut, loin de là. Elle était un de ces purs produit formatés et multi-diplômés sortant de je ne sais quelle grande école. Le problème était que niveau pédagogie, ce n’était pas vraiment ça. Vous devez penser que ses cours étaient désordonnés et bien souvent bruyants. Eh bien, paradoxalement, non. Au moindre bruit cet être sortait de sa léthargie pour régner, l'espace d'un instant, en autocrate sur sa classe. Parfois, un stylo tombé pouvait déclencher une crise. C’était incroyable de voir cette femme d’un mètre cinquante dispenser son discours culpabilisateur.  

 

A l’instar de ses collègues, elle avait un côté moralisateur très développé. Le politiquement correct était de mise, si bien qu'il lui arrivait de tomber dans l’outrance et la caricature. Pour elle, les juifs n’existaient pas, le mot lui-même était un blasphème : « Non, non et non, il n’y a plus d’origine, plus de communautés ni de racines ». La brève correction des contrôles était un des moments les plus marquants. Déjà, la correction qui tenait en dix lignes, prenait une heure. Là, cette chère dame nous expliquait que dans notre copie, un auteur avait pris possession de notre esprit, nous avait manipulé, etc. tout ça parce que le lycéen avait utilisé les documents à sa disposition.  

 

Ne parlons pas non plus des notes, preuve formelle de notation arbitraire : ni commentaire, ni barème, juste une note. Il n'était pas rare de voir un élève passer de 05/20 à un contrôle à 19/20 au contrôle suivant. La logique n’avait pas sa place. J’ai également le souvenir d’avoir regardé quelques documentaires avec cette prof. Le peu que j'ai réussi à apercevoir, c'est-à-dire, les moments pendant lesquels elle n'était pas devant l'écran de la télé, était en allemand et sous-titré en mandarin. Je ne vous dis pas le plaisir que ça pouvait procurer, surtout quand on sait que le visionnage était sanctionné par une question qui nous invitait à deviner, à partir d'une ombre, l'identité d'un homme, en l’occurrence, l'abruti-dictateur, Staline.  

 

Le pire moment était la relecture du cours : nous nous apercevions que le contenu qui abordait de nouvelles notions, des anecdotes historiques, etc. était vraiment passionnant... Seul hic : pouvoir relire un cours écrit précipitamment et n’importe comment. Je conclurais en disant que si cette femme aimait critiquer, ses élèves et collègues ne s’en sont pas privés à son sujet …

Par Anaxagore
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