Mme Heather James était une de ces profs en parfaite harmonie avec ses élèves. Je veux dire par là que, d’habitude en cours, seuls les élèves s’emmerdent. Cette femme à l’apathie communicative était très divertissante, du moins après cours.
Contrairement à beaucoup d’enseignants, l’intelligence ne lui faisait pas défaut, loin de là. Elle était un de ces purs produit formatés et multi-diplômés sortant de je ne sais quelle grande école. Le problème était que niveau pédagogie, ce n’était pas vraiment ça. Vous devez penser que ses cours étaient désordonnés et bien souvent bruyants. Eh bien, paradoxalement, non. Au moindre bruit cet être sortait de sa léthargie pour régner, l'espace d'un instant, en autocrate sur sa classe. Parfois, un stylo tombé pouvait déclencher une crise. C’était incroyable de voir cette femme d’un mètre cinquante dispenser son discours culpabilisateur.
A l’instar de ses collègues, elle avait un côté moralisateur très développé. Le politiquement correct était de mise, si bien qu'il lui arrivait de tomber dans l’outrance et la caricature. Pour elle, les juifs n’existaient pas, le mot lui-même était un blasphème : « Non, non et non, il n’y a plus d’origine, plus de communautés ni de racines ». La brève correction des contrôles était un des moments les plus marquants. Déjà, la correction qui tenait en dix lignes, prenait une heure. Là, cette chère dame nous expliquait que dans notre copie, un auteur avait pris possession de notre esprit, nous avait manipulé, etc. tout ça parce que le lycéen avait utilisé les documents à sa disposition.
Ne parlons pas non plus des notes, preuve formelle de notation arbitraire : ni commentaire, ni barème, juste une note. Il n'était pas rare de voir un élève passer de 05/20 à un contrôle à 19/20 au contrôle suivant. La logique n’avait pas sa place. J’ai également le souvenir d’avoir regardé quelques documentaires avec cette prof. Le peu que j'ai réussi à apercevoir, c'est-à-dire, les moments pendant lesquels elle n'était pas devant l'écran de la télé, était en allemand et sous-titré en mandarin. Je ne vous dis pas le plaisir que ça pouvait procurer, surtout quand on sait que le visionnage était sanctionné par une question qui nous invitait à deviner, à partir d'une ombre, l'identité d'un homme, en l’occurrence, l'abruti-dictateur, Staline.
Le pire moment était la relecture du cours : nous nous apercevions que le contenu qui abordait de nouvelles notions, des anecdotes historiques, etc. était vraiment passionnant... Seul hic : pouvoir relire un cours écrit précipitamment et n’importe comment. Je conclurais en disant que si cette femme aimait critiquer, ses élèves et collègues ne s’en sont pas privés à son sujet …
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